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Mot de passe perdu?

Le Grand Escalier

Le Grand Escalier >> L'Odyssée Magique

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Chapitre 3 - La tempête
Préfet
Chroniqueur Chicaneur
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Serdaigle
4e année
Titre : Re : Chapitre 3 - La tempête
Créé : 10/09/2026 à 20:40:20

Il y avait de l'eau, beaucoup d'eau. Son corps flottait lentement à la surface d'une mer d'un bleu trop turquoise. Le ciel était violet et un étrange oiseau volait au-dessus de lui. Il avait des plumes multicolores, un long bec bleu et de grands yeux de la même couleur que le ciel.

Il descendit en douceur et se posa gracieusement sur un morceau de bois qui flottait à côté. Il essaya de picoré la main, puis les cheveux du Fray mais n'y trouva rien d'intéressant. Il le regarda alors et se mit à parler : "Reprend conscience".

* * * * *

Nathan ouvrit les yeux. La tempête s'était calmée mais il ne se souvenait même plus qu'il y avait eu une tempête, ni pourquoi il était sur un bateau, ni qui étaient les personnes devant lui, ni... Qui il était.

La seule chose dont il était sûr c'est qu'il avait mal à la tête. Il essaya de se relever mais c'était peine perdue et il put juste s'appuyer sur ses coudes. Il regarda autour de lui. Rien ne lui évoquait le moindre souvenirs. Sérieusement ? Qu'est ce qu'il faisait sur un bateau avec des gens qui avaient tous l'air d'avoir pris une vilaine douche et passé une très mauvaise journée.

Et le comble, un tableau parlait. Son seul point d'ancrage, la seule chose qui lui fit oublier de paniquer était une adolescente. Elle avait les yeux vert et ce qu'il ressentit immédiatement pour elle était plus fort que la peur qui lui serrait le cœur.


NATHAN : Salut...

Ce fut tout ce que le préfet pu dire. Rien d'autre ne vint. Rien.


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RPG ON - Pensine
PJ de Erwan Fray
Avatar de la boutique Trust us - merci Camille et Meelo <3
Magizoologiste
Serveur
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Poudlard
Adulte
Titre : Re : Chapitre 3 - La tempête
Créé : 10/09/2026 à 22:13:40


Durant les premières minutes de la tempête, Terry ne pensa plus au balluchon. Il n’y avait plus que les voiles prêtes à se déchirer, les cordages fouettant le pont et les élèves que chaque vague menaçait d’emporter. Il entendit Octavia prendre les choses en main et lui demander de l’aide pour réduire la voilure. La Serdaigle avait peur — Terry le percevait à sa manière de s’agripper aux cordes et aux brèves hésitations de sa voix — mais elle continuait d’agir. Jemima, plusieurs autres passagers et lui-même lui apportèrent leur aide et abaissèrent progressivement les voiles. Les bourrasques continuaient à souffler toujours plus fortes et imprévisibles. Chaque fois qu’ils parvenaient à maîtriser une portion de toile, une rafale venue d’une autre direction tentait de l’arracher à leurs mains. La façon dont Octavia vérifiait les nœuds des plus jeunes lui inspira un bref soulagement. Elle ne se contentait pas de donner des ordres : elle s’assurait que chacun pouvait les suivre. Le jeune serveur des Trois-Balais lui confia donc la surveillance d’une partie du pont pendant qu’il renforçait les attaches.

TERRY : Continue comme cela... Mais ne reste jamais seule près du bastingage. Même les plus âgés doivent être attachés.

Il vit ensuite Mirabelle se ligoter au mât avec le sac extensible contenant leurs vivres. La jeune Poufsouffle avait eu le bon réflexe de sauver leurs réserves, mais l’idée de l’attacher au même point qu’une charge aussi lourde l’alarma. Il l'invita à s'arrimer à un autre point d'ancrage pour ne pas se faire emporter par le sac, s'il devait passer par dessus bord ! Il sécurisa le sac séparément à l’aide d’un sortilège, puis vérifia la corde passée autour de la taille de l’élève. En se penchant, il croisa brièvement son regard. Une pensée désagréable lui traversa l’esprit : Mirabelle l’avait-elle aperçu cette nuit-là ?

Il ne possédait encore que des fragments incertains. Le pont plongé dans la pénombre. La corde enchantée. Une main — la sienne, peut-être — approchant du balluchon. Des images semblables aux restes d’un rêve dont il ignorait s’il avait réellement été le rêveur.
Il chassa la question. La tempête n’était pas le lieu des aveux ni des explications et les hurlements de Meelo couvrirent soudain ceux du vent. Le garçon s’agrippait au mât comme s’il pouvait y trouver les bras protecteurs qu’il réclamait. Terry voulut le rejoindre, mais une vague le repoussa vers les cordages. Jade arriva avant lui et prit l’enfant contre elle. Le magizoologiste ressentit un soulagement aussitôt suivi d’une douleur sourde. Meelo avait demandé à rentrer chez lui dès la caverne. Le jeune homme lui avait promis de tout faire pour l’y ramener. Depuis, le garçon avait échappé à Polyphème pour être jeté dans une tempête qu’un adulte avait peut-être déclenchée par sa propre imprudence. Quoi qu’il se fût réellement passé cette nuit-là, Terry ne pouvait plus se permettre la moindre erreur.

Il aperçut ensuite Jade suspendue à l’extérieur du navire, occupée à graver des runes dans la coque. Une part de lui admira son audace ; une autre eut envie de lui ordonner de remonter immédiatement. Les symboles s’illuminaient cependant sous sa main, renforçant la coque et ralentissant l’assaut de l’eau. Son travail contribuait manifestement à maintenir le bâtiment à flot. Lorsqu’elle appela enfin Terry, il fixa une corde à son propre harnais et se précipita vers le bastingage.


TERRY : Ne lâche rien ! Je te remonte !

Il pointa sa baguette vers la corde à laquelle Jade se retenait et lança le sortilège Wingardium Leviosa qui allégea le poids de la bibliothécaire tandis que le server des Trois-Balais tirait de toutes ses forces. Il parvint à lui saisir l’avant-bras et la ramena sur le pont. Jade grelottait, respirait difficilement et paraissait vidée d’une grande partie de son énergie.

TERRY : Tes runes fonctionnent ! Mais tu n’en graves pas une seule de plus tant que tu n’as pas repris des forces. Une protection qui exige que tu tombes à la mer pour l’entretenir n’en est pas une. Tu nous es d'un grand secours et tu ne dois pas prendre de risques inconsidérés !

Le magizoologiste chercha dans sa sacoche une petite pierre volcanique rapportée de Grèce qui conservait naturellement la chaleur lorsqu’elle recevait une impulsion magique. Il la plaça entre les mains de Jade et l'invita à la garder et à se réchauffer pendant qu'il trouverait des élèves connaissant les runes et qui pourraient suivre les consignes de la bibliothécaire pour les entretenir.

Le nom de Nathan fut alors crié au milieu de la tempête. Terry se retourna et aperçut Margaret agenouillée sur le pont. Elle protégeait de son propre corps son ami inconscient, dont le sang coulait à l’arrière du crâne. Jemima se trouvait déjà près d’eux. Le jeune homme éprouva le même vertige que dans la caverne : encore un élève étendu devant lui, encore du sang, encore la crainte d’arriver trop tard. La culpabilité qu’il maintenait à distance se referma brutalement sur sa poitrine, l'empêchant presque de respirer. Il se précipita tout de même vers eux au moment où Jemima achevait son sortilège Vulnera Sanentur. La plaie cessa progressivement de saigner. Il posa aussitôt deux doigts contre le cou de Nathan. Son pouls était présent et sa respiration régulière, mais le garçon demeurait inconscient.

Il remercia la Poufsouffle de septième année pour sa réactivité et ses talents en sortilèges de soin, puis inspecta délicatement l’arrière du crâne. Le sort avait refermé la blessure extérieure, mais ne permettait pas d’écarter une fracture ou une lésion interne. Il avait appris à soigner les blessures courantes lors de ses voyages et savait intervenir sur de nombreuses créatures, mais il n’était pas médicomage. Il ne se laisserait pas tromper par l’absence de sang mais considérant les risques que faisaient courir les flots déchainés sur le jeune Serdaigle, il proposa de le déplacer pour le mettre le plus à l'abri possible. La veste de Jade fut roulée pour caler la nuque, puis des coussins protégèrent le reste du corps. Terry fit apparaître une civière rigide sous Nathan sans le soulever brutalement et utilisa le sortilège Mobilicorpus qui fit s'élever de quelques centimètres le corps de l'adolescent maintenu dans une position stable. Il demanda à Margaret de marcher près de sa tête et à Jemima de surveiller sa respiration. Ils transportèrent Nathan vers une zone plus protégée et restèrent à son chevet.

Lorsque la tempête commença enfin à perdre de sa force, le magizoologiste entendit les conseils d’Homère. Il fallait vérifier si Nathan connaissait encore son prénom et s’il pouvait compter. Il n'y avait plus qu'à veiller sur l'adolescent et attendre son réveil. Il savait qu'il pouvait compter sur l'amie du garçon, Margaret, ainsi que sur Jemima pour prendre soin de lui. De son côté; il décida de voir les autres passagers du navire, élèves et elfes pour voir quels étaient les dégâts ! Le pont était détrempé, plusieurs cordages avaient cédé et le brouillard les isolait du reste du monde. Pourtant, le navire flottait toujours. Les plus jeunes étaient à l’abri. Les vivres avaient été sauvés et, malgré sa blessure, Nathan respirait. Aucun élève n’était mort pendant la tempête.

Cette pensée aurait dû le rassurer. Elle ne fit que raviver le souvenir de ceux que Polyphème avait dévorés. Terry avait échoué à les protéger. À présent, un garçon avait été blessé sérieusement au cours d’une tourmente née du balluchon éventré. Ses doigts le brûlèrent de nouveau. Il les referma dans sa paume avant que quelqu’un ne remarque les marques laissées par la corde. Le souvenir du sac demeurait brumeux, mais il ne pouvait plus s’abriter entièrement derrière cette incertitude. Il avait été près du balluchon. Il avait voulu savoir ce qu’il contenait. Il se souvenait d’avoir pensé qu’un objet de protection aurait pu éviter d’autres morts. Et à présent, Nathan était inconscient !

Le serveur des Trois-Balais ressentit l’envie immédiate d’avouer. Il pouvait dire à tous ce dont il se souvenait et les laisser décider de son sort. Pourtant, la situation restait précaire. Jade avait presque épuisé sa magie, Nathan nécessitait une surveillance constante, les élèves étaient terrorisés et une île inconnue les attendait. Une confession lancée au milieu de cette fragilité risquait de diviser le groupe au moment où sa cohésion demeurait indispensable. Il décida donc de se taire encore, mais ce silence ne lui apporta aucun soulagement. Ce n’était plus seulement une omission destinée à gérer une urgence. Cela devenait un poids qu’il devrait bientôt accepter de déposer devant les autres.

Lorsque Homère annonça qu’ils pouvaient relever les voiles et reprendre leur route vers l’est, Terry ne partagea pas entièrement l’espoir que ces propos auraient pu susciter. Une île portant des traces de vie pouvait abriter des alliés, mais également un nouveau piège. Ils avaient déjà suivi les indications des elfes jusqu’à la caverne de Polyphème. Ils avaient accordé leur confiance à un message scellé qui leur avait demandé de transporter le balluchon. Même si le jeune homme était probablement responsable de son ouverture, quelqu’un avait choisi de placer ce danger entre leurs mains.

Quelques instants plus tard, le garçon ouvrit les yeux. Son simple « Salut » lui apporta d’abord un immense soulagement. Puis il remarqua son regard et le fait que le Serdaigle n'était capable d'aucune autre parole. Il fallait à présent essayer de trouver une terre où faire escale et essayer de reprendre des forces et soigner Nathan. Rien n'indiquait en effet que les vents ne reviendraient pas, mieux valait-il être sur la terre ferme si cela arrivait.


TERRY : Nous suivrons la direction indiquée mais nous n’accosterons pas aveuglément. Nous observerons l’île avant de nous approcher.

Il répartit les nouvelles tâches. Octavia et Jemima superviseraient la remise en place progressive des voiles. Les élèves capables d’assister Jade entretiendraient les runes, sans toucher à Thurisaz. Quelques volontaires inventorieraient les provisions avec Mirabelle. D’autres répareraient les cordages et la coque. Les plus jeunes resteraient sous le pont jusqu’à la dissipation du brouillard. Il demanda également à Malicia de rejoindre l’équipe chargée d’observer l’horizon.

Le calme revenu rendait le navire presque irréel. Après le hurlement des vents, chaque craquement paraissait trop net. Le magizoologiste alla ramasser ce qui restait du balluchon. Il évita d’abord de le toucher, puis l’enveloppa dans une toile épaisse et le plaça dans une caisse verrouillée. Le sortilège s’était échappé, mais des traces de magie pouvaient encore imprégner le cuir. Il conserva la caisse près de lui. Officiellement, il voulait l’étudier pour comprendre ce qui avait provoqué la tempête. En réalité, il cherchait aussi une preuve. Quelque chose qui lui permettrait de savoir si ses souvenirs nocturnes étaient vrais, si le sac l’avait attiré ou s’il avait volontairement défait ses protections en se croyant plus avisé que l’auteur du message.

Son regard se posa une dernière fois sur Nathan, entouré de Margaret, Jemima et Jade.
Terry avait ouvert le balluchon, il n'en avait à présent plus aucun doute. Il avait agi pour protéger le groupe, mais l’intention ne réparait ni les blessures ni la peur. Elle ne rendait pas davantage ses capacités au jeune Serdaigle. Il ne pouvait plus annuler son geste. Il pouvait seulement empêcher qu’une nouvelle personne en paie le prix.




« La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde. »
Une Saison en Enfer, Arthur Rimbaud
Chroniqueuse Chicaneur
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Serdaigle
4e année
Titre : Re : Chapitre 3 - La tempête
Créé : 10/09/2026 à 22:53:53

Sa détresse avait été entendue. Elle ne savait pas comment les gens allaient réagir, mais Margaret fut rapidement soulagée en voyant Jemima prendre les choses en main. Bien que Margaret n'était pas une quiche en magie, elle ne pouvait utiliser sa magie hors de Poudlard et surtout, elle n'avait pas encore toutes les connaissances sur les sortilèges de soins. Puis, bon, voulait-elle vraiment risquer de faire du mal à son ami déjà mal en point ? Pas vraiment. Cette aventure en haute mer allait certainement se charger de cet aspect.

Voyant la jeune femme y aller avec assurance, la Serdaigle n'émit aucun commentaire. Elle faisait que retenir son souffle, dans l'attente d'un quelconque résultat. Le sang avait disparu du bois tout humide, mais Nathan resta silencieux. Comme endormie. Puis, la septième année avait pris même le temps de nettoyer la main de la jeune Dubois qui n'osait rien dire. Toute l'attention devait être sur son meilleur ami. Pas sur elle. Pourtant, elle trouva l'attention de la Poufsouffle très gentille. Ce qui fit lentement monter les larmes aux yeux de la quatrième année. Elle n'avait pas craqué depuis le début de cette aventure, mais cet incident était semble-t-il la goutte de trop.


MARGARET : Merci... chuchota-t-elle, tellement elle avait la voix enrouée.

Malheureusement, ce calme presque salvateur fut un peu chamboulé par l'arrivée de l'adulte. La Parlambre était dans un état d'urgence qui eut le don de seulement faire remonter le stress chez l'aiglonne. Alors que Margaret pensait qu'il ne restait plus qu'à attendre le réveil du Fray, voilà que la bibliothécaire émettait des hypothèses toutes plus graves les unes que les autres. Certes, elle se préoccupait de Nathan et de son état, mais elle ne semblait pas voir que tout était sous contrôle. C'étaient plutôt les gens autour qui avaient besoin d'être rassurés pour l'instant.

Malgré tout, la jeune Dubois exécuta chacune des demandes de la Parlambre avec minutie. Jusqu'à ce qu'une demande bien spéciale fut émise par l'adulte. Le déboutonner ?


MARGARET : Euh... QUOI ? cria-t-elle sans le vouloir. Mais... mais...

Les mains tremblantes et le regard émeraude remplie de larmes, Margaret s'exécuta, non sans mal. Ils n'avaient jamais été proches de cette façon. Ce n'était jamais venu à la tête de l'adolescente. Quoi qu'en pensent les adultes qui voyaient dans la complicité des deux Serdaigle quelque chose qui échappait à l'une des principales intéressées. La jeune Dubois déboutonna la chemise de son ami et avec une énorme hésitation, défit la boucle de ceinture de ce dernier. Elle ne savait pas en quoi tout cela rimait et s'il y avait une réelle utilité derrière ces gestes, mais elle c'était exécuté.

Maintenant, il ne restait plus qu'à attendre le réveil de son ami. Les minutes qui s'écoulaient paraissaient être des heures. Pendant ce temps, les gens s'activaient pour remettre les voiles sous le conseil d'Homère. Cap vers l'Est, avait-il dit. Nous allions rencontrer la terre ferme un jour et peut-être de l'aide. Margaret l'espérait quelque part.

Ce fut à ce moment que Nathan montra des premiers signes de réveil. Un sourire béat se dessina sur le visage pâle de la jeune Dubois qui attendait de connaître son état. Son ami se plaça sur ses coudes, ce qui laissait croire qu'i, allait bien. Mais quelque chose dans son regard montrait le contraire. Il ne semblait pas savoir ce qu'il faisait ici et encore moins qui était tous ces gens. Qui était Margaret. Sur le moment, l'adolescente crue qu'il blaguait, tellement son « Salut » ressemblait à une mauvaise blague. À un mauvais jeu d'acteur, mais en fait, tout était vrai.

L'envie de le gifler se pointa dans l'esprit de la Serdaigle. Comme si la douleur physique allait arranger quoi que ce soit, mais elle se ravisa. Son ami était réveillé. C'était tout ce qui comptait et ayant un trop plein d'émotions, de tristesse, de joie et d'espoir, elle se pencha doucement vers le garçon, posant une main sur la joue toute fraîche de ce dernier. Puis elle déposa tendrement ses lèvres sur celles de Nathan. En guise de premier baiser, il y avait certainement eu mieux, mais elle espérait bêtement que comme dans les contes de fées, cela éveille les souvenirs de son ami.




Kit de Nathan Fray
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Poufsouffle
1re année
Titre : Re : Chapitre 3 - La tempête
Créé : 10/09/2026 à 23:33:09

Le jeune Beaumont ne se sentit pas immédiatement sauvé lorsqu’il retrouva l’air libre. Il avait certes réussi à échapper à l'appétit vorace et meurtrier de Polyphème mais deux de ses camarades de Poudlard et deux elfes n'avaient pas eu cette chance. Même après avoir réussi à quitter la grotte, il continua de s’attendre à entendre les pas du cyclope. Au moindre bruit, il tournait la tête, persuadé que l’immense silhouette allait surgir de la jungle. Il courut jusqu’au rivage avec les autres, serrant contre lui le petit sac de provisions qu’il avait contribué à récupérer. Ses jambes lui faisaient mal et ses poumons le brûlaient, mais il ne ralentit pas. Quand le navire quitta enfin l’île, il resta longtemps assis sur le pont du navire à surveiller la côte. Il ne se détendit qu’après avoir vu la grotte, les arbres et les derniers reliefs se fondre dans le lointain. Polyphème ne les avait pas suivi, il pouvait à présent souffler.

Cette certitude aurait dû le soulager. Elle ne pouvait cependant effacer ce qu’il avait vu. le garçon retrouvait dans les grincements du bateau certains sons entendus dans la caverne. L’odeur des provisions lui soulevait encore le cœur et il refusait la viande, se contentant de petites bouchées de pain qu’il avalait avec difficulté. Lorsqu’il fermait les yeux, le visage du jeune Serpentard, dans lequel Polyphème avait croqué, reparaissait devant lui. Il n’osait parler de ces images à personne mais elles étaient présentes dans son esprit. Les adultes avaient des blessés à soigner et un navire à conduire ; les autres élèves portaient leurs propres peurs. Matthaeus craignait que ses larmes ne gênent ou que ses cauchemars paraissent puérils. Il conservait donc sa détresse en lui, comme il avait toujours gardé les questions concernant sa mère lorsqu’il sentait qu’elles faisaient souffrir son père.

Pourtant, il se sentait surtout perdu. Il connaissait l’histoire d’Ulysse. Son père lui avait lu l’Odyssée bien avant qu’il ne sache déchiffrer seul les passages les plus difficiles. Il savait que le héros avait échappé à Polyphème en se cachant sous les moutons, qu’il avait quitté l’île et qu’il avait ensuite affronté d’autres épreuves. Mais connaître la suite d’un récit ne rendait pas les événements moins terrifiants lorsqu’ils se produisaient autour de soi. Dans le livre, Ulysse était un héros. Matthaeus, lui, n’était qu’un garçon de onze ans qui ne savait même pas où se trouvait le nord. Il avait beau reconnaître les étapes du récit, il ne savait pas comment les traverser.

L’arrivée du hibou interrompit cette morne traversée. Il suivit des yeux le grand-duc jusqu’au mât. La vision d’un oiseau postal lui rappela brusquement le monde qu’ils avaient quitté : les lettres de Poudlard, les achats sur le chemin de Traverse et les hiboux aperçus sur le quai neuf trois quarts. Pour la première fois depuis leur disparition, quelque chose venait de l’extérieur de cette mer inconnue. Quand le parchemin fut déroulé, il se rapprocha timidement afin d’en entendre la lecture. Le sceau de Poudlard produisit sur lui un effet immédiat. Quelqu’un savait qu’ils étaient vivants. L’école ne les avait pas oubliés. Peut-être la directrice les recherchait-elle déjà ; peut-être avait-elle également prévenu les familles.

Il s’accrocha à cette idée et imagina son père apprenant que le navire faisait route vers Ithaque et qu’un refuge les y attendait. Il voulut croire qu’un second message avait été envoyé jusqu’à Canterbury pour lui assurer que son fils rentrerait. Son père devait être fou d’inquiétude. Il ignorait certainement tout des fleurs de lotus, de la caverne et de Polyphème. Matthaeus se promit de lui raconter la vérité s’il le retrouvait, même s’il ne savait pas encore comment mettre des mots sur ce qu’il avait subi. Le nom d’Ithaque lui était familier. Il l’avait rencontré dans les récits d’Ulysse et l’associait au retour après une longue absence. Cela lui parut encourageant : si leur destination portait le nom du foyer que le héros avait passé tant d’années à rechercher, peut-être marquait-elle pour eux aussi la fin du voyage.

Mais cette pensée ne suffisait pas à le rassurer. Dans l’Odyssée, Ithaque représentait le foyer. Pour lui, le foyer était la maison de son père ou peut-être Poudlard qui était appelé à devenir un nouveau foyer. Ici, le mot ne désignait pour le garçon qu’un point inconnu sur une carte qu’il ne possédait pas. Il ne savait pas à quoi ressemblait l’île, qui les y attendait ni combien de temps il faudrait encore naviguer. Il ne savait même pas si le navire suivait réellement la bonne route. Il avait envie de demander où ils se trouvaient, mais les adultes semblaient déjà accaparés par des problèmes qu’il ne comprenait pas.

Le réveil du tableau éveilla chez Matthaeus une curiosité qu’il croyait disparue. Il contempla le portrait d’Homère avec émerveillement, sans oser se placer au premier rang. Parler à la peinture d’un poète mort depuis des siècles aurait dû lui sembler impossible quelques jours auparavant. Certes, il avait vu des portraits parlant et bougeant chez ses grands-parents maternels mais c'étaient d'illustres aïeux très austères et non un auteur connu dans le monde entier. Il écouta chaque parole du tableau. L’annonce de sorciers très puissants, exilés sur cette mer, ternit toutefois l’espoir que lui avait donné le message. Il connaissait assez les récits antiques pour savoir qu’Ulysse n’avait pas rejoint Ithaque sans affronter de nombreux périls. Il se souvenait des monstres, des tempêtes, des enchantements et des compagnons perdus en chemin. Il savait aussi que les dieux pouvaient changer le destin d’un homme sans lui demander son avis. Il savait qu'il n'avait pas la force d'affronter de nouvelles épreuves immédiatement, il voulait juste retrouver son père, la chaleur de ses bras.

Si Homère lui-même affirmait que la suite pouvait être pire, le garçon n’avait aucune raison d’en douter. Le balluchon l’inquiéta davantage encore. Il était petit, mais la corde enchantée qui le fermait et l’interdiction formelle de l’ouvrir indiquaient que son apparence était trompeuse. Matthaeus ne chercha pas à deviner son contenu. La curiosité qu’il éprouvait fut rapidement dominée par la peur. Ils venaient de manquer de mourir pour avoir pénétré dans une réserve et touché ce qui ne leur appartenait pas. Il avait retenu la leçon !

Durant les jours suivants, le garçon vérifia régulièrement que le sac se trouvait toujours à sa place. Il ne s’en approchait jamais assez pour le toucher. Le simple fait de le voir fermé lui procurait une forme de sécurité : tant que la corde demeurait intacte, le danger restait emprisonné. Il se répétait que tout était encore sous contrôle et qu'ils s'approchaient progressivement d'Ithaque. Mais il ne savait pas qui contrôlait quoi.

La mer calme permit au garçon de reprendre quelques forces, mais non de retrouver un sommeil paisible. Il choisissait toujours une place d’où il pouvait apercevoir le ciel et évitait les espaces trop étroits, qui lui rappelaient la caverne. Il sursautait lorsque quelqu’un élevait la voix. Une nuit, le claquement d’une voile le réveilla en lui faisant croire que Polyphème frappait de nouveau la roche. Il resta longtemps assis dans l’obscurité, les genoux ramenés contre sa poitrine, incapable de se rendormir. Il connaissait cette scène. Dans l’Odyssée, les compagnons d’Ulysse avaient eux aussi quitté l’île du cyclope en croyant avoir échappé au pire. Il se souvenait de la suite : le sac des vents, la curiosité d’un équipage, puis la tempête qui éloignait les marins de leur foyer. Il avait lu ce passage plusieurs fois.

À présent, il se demandait si les histoires n’étaient pas moins des récits que des avertissements. Il finit pourtant par céder à l’épuisement et se rendormit... Cette nuit-là, son sommeil fut lourd, presque sans rêves. Lorsqu’un bruit brutal le réveilla, il ne comprit pas d’abord où il était. La couchette bascula sous lui et Matthaeus roula contre une paroi. De l’eau glacée lui tomba sur le visage tandis que des cris retentissaient sur le pont. Son esprit le ramena aussitôt dans la grotte : il crut que Polyphème les avait retrouvés ! Il se recroquevilla, protégeant instinctivement sa tête avec ses bras. Son souffle devint court et désordonné. Chaque choc contre la coque du navire lui rappelait la massue heurtant le sol ; chaque grondement du tonnerre prenait la voix du cyclope. Durant quelques secondes, il ne vit plus le navire ni les vagues. Il revit seulement les paniers renversés, la pierre fermant l’entrée et la main gigantesque emportant un élève, l'élève de Serpentard dont le visage était déformé par l'effroi !

Une nouvelle secousse le ramena au présent. Il se releva péniblement et rejoignit le pont en s’agrippant à tout ce qu’il trouvait. Dehors, le monde semblait avoir perdu ses limites. L’eau descendait du ciel autant qu’elle montait de la mer. Les voiles se tordaient, les cordes fouettaient les planches et le bateau s’inclinait si fortement qu'il craignait de glisser par-dessus bord. Il chercha aussitôt un adulte du regard. Il aurait voulu courir jusqu’à lui, mais ses jambes tremblaient. Il resta d’abord près de l’escalier, incapable de choisir entre redescendre et avancer. Sa baguette se trouvait dans sa poche, toujours aussi inutile contre une tempête que face au cyclope. Il ne connaissait aucun enchantement capable d’apaiser le vent ou de repousser une vague. Il ne savait pas non plus si quelqu’un, à bord, possédait ce pouvoir.

Une rafale le projeta à genoux. Matthaeus saisit une corde fixée au pont et s’y cramponna. Il se força à respirer selon le rythme enseigné par son père, mais l’air lui échappait avant la fin du compte. Il recommença malgré tout. Quatre temps pour inspirer. Quatre pour expirer. Dans sa tête, les vers de l’Odyssée se mélangeaient aux cris des adultes. Il se souvenait du sac confié à Ulysse par Éole, des vents enfermés et de l’équipage qui l’avait ouvert en croyant découvrir un trésor. Il savait exactement ce qui était censé arriver ensuite. Cette connaissance ne lui donnait aucun avantage. Elle rendait seulement l’instant plus atroce, parce qu’il connaissait le danger avant même de le comprendre entièrement.

Lorsqu’il réussit enfin à regarder autour de lui, il aperçut le balluchon. Le cuir avait été déchiré. La corde enchantée pendait à côté de lui et quelque chose d’invisible semblait jaillir de son ouverture. Les courants qui frappaient le navire ne ressemblaient pas à un phénomène naturel : ils changeaient brusquement de direction, se croisaient et repartaient comme s’ils cherchaient volontairement à déséquilibrer le bateau. Quelqu’un avait ouvert le sac ! Qui avait donc bien pu succomber à l'envie, à la tentation de savoir et de posséder ce qui était dans ce sac ? Le garçon éprouva d’abord de l’incompréhension. Le message avait pourtant été parfaitement clair. Il ne fallait pas défaire la corde, ni regarder à l’intérieur, ni libérer ce qui y reposait. Pour une fois depuis le commencement du voyage, ils avaient reçu une consigne simple et une destination précise.

Pourquoi quelqu’un avait-il pris ce risque ? La réponse lui vint presque aussitôt, et il la refusa. Il connaissait cette histoire. Il savait que les hommes d’Ulysse avaient ouvert le sac parce qu’ils pensaient qu’il contenait de l’or. Peut-être quelqu’un, à bord, avait-il commis la même erreur. Peut-être avait-il cru que le balluchon renfermait quelque chose d’utile, ou simplement voulu vérifier ce que les adultes leur interdisaient de toucher. Matthaeus aurait préféré ne pas comprendre. La peur du garçon se mêla progressivement à une colère inhabituelle. Il n’était pourtant pas un enfant colérique. Quand quelque chose le blessait, il se taisait généralement et s’éloignait mais, cette fois, il ne pouvait aller nulle part. La désobéissance d’une seule personne venait de mettre tout le navire en danger et de détruire l’espoir fragile auquel il s’était accroché.

Pourquoi est-ce que quelqu’un l’a ouvert ?

Sa voix fut presque entièrement couverte par les rafales. Il ne cherchait pourtant pas vraiment une réponse. Il regardait le sac avec les poings serrés, les larmes aux yeux, furieux contre l’inconnu qui avait préféré satisfaire sa curiosité plutôt que protéger les survivants. Des élèves étaient déjà morts, des elfes avaient été dévorés, tous avaient vu ce que pouvait coûter une imprudence ! Malgré cela, quelqu’un avait décidé de ne pas écouter. Et maintenant, l’histoire recommençait autour de lui.

Il aurait voulu savoir qui était responsable, mais l’idée que le coupable se trouvait parmi eux l’effrayait également. Il ne voulait accuser personne à tort. Peut-être le balluchon avait-il été endommagé pendant le sommeil de l’équipage. Peut-être une magie contenue à l’intérieur avait-elle attiré ou trompé celui qui l’avait approché. Le garçon connaissait trop peu le monde sorcier pour exclure ces possibilités. Sa colère n’en disparut pas pour autant. Elle était dirigée moins contre un visage que contre l’acte lui-même, contre cette décision qui les éloignait encore de la terre ferme, de Poudlard et de leurs familles. Cette décision qui l'éloignait un peu plus des bras de son père ! Il ne pouvait s'empêcher de songer à son père attendant des nouvelles qui n’arriveraient peut-être jamais. La perspective d’avoir été si près d’une route sûre avant d’en être détourné lui fit plus mal que le froid. Il pensa à Ulysse, qui avait déjà aperçu Ithaque avant que les vents ne l’en éloignent. Dans le récit, le héros avait survécu à cette déception et poursuivi son voyage. Matthaeus ne se sentait pas héroïque et ne savait pas s’il aurait la force de supporter une nouvelle île, un nouveau monstre ou une nouvelle perte. Il ne savait même pas s’il reverrait son père.

Le garçon ne pouvait pas maîtriser les vents, mais il pouvait encore obéir. Lorsqu’un adulte lui demanda de se mettre à l’abri, il ne discuta pas. Avant de descendre, il aperçut un petit paquet de provisions glissant sur les planches. Il lâcha momentanément la corde, rampa jusqu’à lui et le coinça sous son bras. Il n’était pas question de perdre ce qu’ils avaient risqué leur vie à rapporter de la grotte. Une vague balaya alors le pont. Matthaeus s’allongea contre le bois et attendit que l’eau se retire avant de rejoindre l’escalier. Il aida un autre élève à descendre, bien que ses propres mains tremblassent encore. Ce geste minuscule ne calma pas l’ouragan, mais lui donna une tâche à accomplir et l’empêcha de se laisser submerger par la panique.

Dans la partie la plus protégée du navire, Matthaeus s’assit contre une poutre et conserva le paquet de nourriture sur ses genoux. Il écoutait le bois craquer autour de lui en craignant que la coque ne se rompe. Il avait survécu à Polyphème en restant silencieux et en se cachant ; face à la mer et à sa colère, aucune cachette ne paraissait suffisante. La voix d’Homère traversait toutefois le tumulte. Le tableau continuait à donner des indications et répétait qu’il saurait les guider. Matthaeus voulait le croire. Une peinture d’Homère devait connaître cette mer mieux que quiconque. Pourtant, le garçon se rappelait aussi combien les voyages racontés par le poète étaient longs, cruels et remplis de pertes. Il se souvenait surtout que les compagnons d’Ulysse n’étaient pas rentrés avec lui.

Cette pensée s’imposa malgré lui. Dans le livre, le héros finissait par retrouver Ithaque, mais il y parvenait seul. Matthaeus ne voulait pas d’un tel retour. Il ne voulait pas atteindre une terre inconnue après avoir perdu tous ceux qui étaient partis avec lui. Il voulait retrouver son père, entendre sa voix et pouvoir lui dire qu’il avait eu peur. Il voulait que les adultes sachent quoi faire. Il voulait que quelqu’un lui assure que l’histoire ne suivrait pas exactement le même chemin mais personne ne pouvait le lui promettre. L’espoir qu’il avait ressenti à la lecture du parchemin n’était pas mort, mais il avait changé. Ce n’était plus la certitude naïve qu’Ithaque les attendait au bout de quelques jours de navigation. C’était une volonté fragile, très fragile et précaire mais toujours présente, celle de retrouver son foyer.

Matthaeus ramena ses genoux contre sa poitrine et se remit à compter ses respirations. S’il survivait, il retrouverait son père. Il s’attacha à cette pensée tandis que, tout autour de lui, les vents libérés entraînaient le navire loin de la route promise.

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